vendredi 19 juin 2009

Le zéro et l'infini


Un midi, en visite au Salon du Bourget,
Je vis aéroplanes, volutes et ailes delta
Et le ciel était bleu, les nuages bien légers.

Dans la ville adjacente, de pauvres femmes allaient
Toutes de voile vêtues, cachées jusques aux cils
Enfermées en habits, pauvres chenilles de fait.

Et l'Airbus nouveau tournait tel une carpe,
Doucement il virait, tournait et se montrait,
Pilote virtuose, comme joueur de harpe.

Les burqas bien timides, à quelques rues de là,
Entendaient le fracas, les réacteurs sonores,
Et derrière leurs poussettes, voulaient presser le pas.

D'un côté on festoie, on vend et on dépense,
Des milliards s'échangent, le futur est en marche,
De l'autre on est exclus, on ne dit ce qu'on pense.

A deux cent mètres près, là, tout à côté,
La haute technologie, les lasers et les puces
Ici, le Moyen-Age, les femmes enfermées.

Paradoxe évident, mais chacun allait vite,
Les avions décollaient, ils faisaient des loopings,
Les autres rentraient chez elles, au fond de la guérite.

Notre époque est cruelle, rapide et dérisoire,
Les chasseurs décollent et les bombardiers planent,
A deux pas du tarmac, les femmes s'habillent en noir.

jeudi 18 juin 2009

Iran des comptes


Un bref message pour espérer que nos amis iraniens, quitte à en baver et à rester dans le passé, soient plus proches de 1789 que que 1979.
Shah allait mieux avant, non ?

Le langage trahit-il la pensée?


Bac L , session 2009
Philosophie
Le 1er sujet de philo : L’objectivité de l’histoire suppose-t-elle l’impartialité de l’historien?
Le 2ème sujet de philo : Le langage trahit-il la pensée?
L'explication de texte en philo : Schopenhauer, Le monde comme volonté et comme représentation
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2ème sujet;

INTRODUCTION

Je voudrais traiter ce sujet au travers de l'utilisation du logiciel Powerpoint en ce début de XXI ° siècle dans le monde réduit de l'entreprise privée.
«Plus le contenu de pensée est faible, plus le penseur prend d’importance.»(Gilles Deleuze) et je veux ici expliquer l'intersidéral orgueil qui se cache dans l'utilisation systématique de ce logiciel comme unique mode d'expression du déni de la réalité quotidienne. Forme monopolistique de langage dans l'agora capitalistique, Powerpoint brille par ses lumens, non par ses tirades géniales.


PLAN
1/ Le langage comme coquille vide
2/ Au secours au secours au secours
3/Le langage et l'inconscient (mais pas comme : je suis en réunion et j'ai sombré dans l'inconscience)


1/ Le langage comme coquille vide

Le langage est indsipensable à la pensée. "On ne peut penser sans les mots" (Hegel)
Le langage est le véhicule de la pensée..encore faut-il que la pensée soit structurée, pertinente, riche et critique.
Or, le contenu d'un message à faire passer à d'autres êtres humains, enfermés dans la même communauté (appelée "boîte" ou "entreprise")n'est pas à chaque fois structuré, pertinent, riche ni critique.Loin s'en faut.

Il s'agit d'un mode de communication simpliste, fondé une communication à sens unique lors de rassemblements allant de 2 à 2578 salariés, convoqués lors de séances appelées "réunions". Rituel obligatoire et se mesurant à l'aune de la terrible crainte de s'ennuyer ferme pendant ses huit heures quotidiennes de service.
Dans ces réunions, désormais, le débat est secondaire, cédant la place à un excès de déversement langagier appelé "pipotron sur Powerpoint". Au delà des langues, des nations et des métiers, universel par ses codes... il rassure et passe le temps.
La vacuité du contenu est ici entièrement dissimulée par le medium (présentation longue, images, graphiques, ton monocorde, textes denses et illisibles).
"Nous échouons à traduire entièrement ce que notre âme ressent : la pensée demeure incommensurable avec le langage" (Bergson)
Ici , c'est l'absence d'âme absolue qui est traduite en un incommensurable langage, sans fin, ni fond.
Le fin en soi du mode de langage utilisé est l'assoupissement pour le receveur ou la justification pour l'émetteur (je fais un Powerpoint DONC j'existe). De façon mineure, il s'agit aussi de mettre en péril les ressources écologiques de la Terre en imprimant 55 copies non recto verso et en couleur qui seront détruites peu après la brève céremonie de rassemblement.

2/ Au secours au secours au secours

Powerpoint est non seulement une forme de langage en soi, mais aussi un rituel social
«Il existe infiniment plus d'hommes qui acceptent la civilisation en hypocrites que d'hommes vraiment et réellement civilisés.»(Freud)
A cela, il faut ajouter l'hypocrisie quant au fond, mais aussi à la forme : orthographe bâclée, vocabulaire limité, Anglais de boucherie, citations d'auteurs inconnus mais édités chez Harvard Press, images illustratives identiques, copiées d'autres présentations et très naîves, voire reflétant une imagination et une culture très primaires (une Tour Eiffel par ci, une poignée de main par là)
Et , pour citer Kant,«des concepts sans matière sont vides.»
Bon sang, et combien de discussions sans objets, sans matière et sans volonté d'action sont organisées chaque jour dans nos tours de verre et d'acier ?

Ceci dit, là je peux faire intervenir Marx (Groucho, pas Karl) : «Soit cet homme est mort, soit le temps s’est arrété.» Ceci ne trahira aucune vérité et si les montres pouvaient s'user sous les regards, Powerpoint aurait permis à Microsoft d'acquérir Timesque, Lippe, Patouche Philippe, Switch et Ô mégot tout à la fois.
Je dois avouer avoir failli m'endormir plus qu'à mon tour , ... excellente transition avec ma troisième partie, cher correcteur.

3/Le langage et l'inconscient (mais pas comme : je suis en réunion et j'ai sombré dans l'inconscience)

«La clarté ne naît pas de ce qu'on imagine le clair, mais de ce qu'on prend conscience de l'obscur.»(Carl Gustav Jung).
Avec un voile noir devant les paupières, nous nous rendons donc compte en fin de réunion, qu'on vient de nous annoncer que nous allons au mieux devoir réduire tous les budgets de 10%, ou bien peut être que la RH est transférée à Budapest, la compta à Bangalore, les voyages à Internet et à demain, les fournisseurs à Varsovie et au pire être tous virés.
Soyons franc, le langage trahirait bien ici une tentative de pensée, à défaut d'une tentative d'action.
L'action intervient en amont ou en aval du langage Powerpointisé (notion de pouvoir et d'abus de pouvoir qui se passe de la co décision)
Les mots alors sont juste adéquats pour traduire des idées vides ou reçues et devenir des épouvantails contre la peur inconsciente de la mort , qui dans le monde de l'entreprise est symbolisée par le licenciement.

Conclusion

Powerpoint devrait être appelé Pauvre Point.Vecteur simpliste des consignes du pouvoir , des messages pauvres et des décisions mal prises, il ne trahit pas "la pensée" , car cela pré suppose qu'une véritable pensée ait été formulée.
«Ce qui distingue principalement l'ère nouvelle de l'ère ancienne, c'est que le fouet commence à se croire génial.»(Karl Marx)
Comme ces écrans plats toujours plus larges qui ne servent qu'à diffuser une médiocrité toujours plus crasse, les gesticulations Powerpoint des cadres et employés ne sont que les vecteurs d'une trahison du langage compris comme formalisation des Idées.
Quelques mots et un peu d'âme auraient fait tout aussi bien.

NOTE du CORRECTEUR
10/20
Soit ce candidat a 50 ans et s'est camouflé en élève, soit il a 18 ans et son père lui parlait via une oreillette entre deux bureaux, de la Défense.
Ceci dit, j'ai presque souri.

mardi 9 juin 2009

København



Les amis, je suis å Copenhague.
Mon PC portable m'ayant låchememt abandonn€, me voila sur le PC en libre service de l'høtel.Entre deux meetings, et avant le dejeuner rapidos, un petit mot.
Ne riez pas, je me bats avec le clavier qui fait des ø des æ des å et pour qui les accents 0, makache, nada, finito, adios.
Ce matin au petit dejeuner, je fus embarrasse.
Pour le beurre, il y avait du LåTTA, du BUTTO et du Økologik SMØr.
Pas gløp .
Comme je suis rock, j'ai pris le dernier .En plus, une vache sur l'emballage, donc pas de risque en fait et en plus Økologik, alors.Pour le sport, j'ai beurre des Wåså avec et sans les casser. En plus , il y avait du bacon, produit local.

Bon, je n'ai rien visite, mais dans cet høtel les femmes de menage sont chinoises, les blønds ont aussi les sourcils blonds, j'ai bu une Cårlsberg et il y a un groupe d'italiens qui parlent å volume 11.Ce sont des medecins, ils viennent au meme congres que moi. Vont-ils prendre du LåTTA, du BUTTO ou du Smør ?

La nuit tombe vers 23 heures, le jour se leve å 5 heures.Moi aussi, mais komm la kouett est konfortåble, j'ai hyper bien dørmi.Dødø.

J'ai pris des billets dans un Distributør, j'achete une møusse a raser et on m'a rendu une piece de 5 courønnes avec un trou au milieu, lourde et du genre ecu medieval.
Dans la rue, des danois donc. Deux punks avec des trucs dans le pif. Des metrØs en dessous. Un vendeur de kebabs.Un supermarche avec tout un rayon "Økologi". Des velos partout, dont trois avec une remørque integree pour chien petit. Mais pas encore vu de Danois (les chiens).

Voilå pour le møment.
Hå Hå Hå.
Å plus.
Allez, encore une petite rafale
øøøøøØØØØååååÅÅÅÅæææææÆÆÆÆ
hi hi hi

PS du 15 juin : en fait le truc intégré dans les vélos c'est pour mettre les bébés !

samedi 6 juin 2009

O Day


Répétez après moi.

Obama est à Omaha Beach.
Obama est à Omaha Beach.
Obama est à Omaha Beach.
Obama est à Omaha Beach.
Obama est à Omaha Beach.
Obama est à Omaha Beach.
Obama est à Omaha Beach.
Obama est à Omaha Beach.
Obama est à Omaha Beach.
Obama est à Omaha Beach.
Obama est à Omaha Beach.
Obama est à Omaha Beach.
Obama est à Omaha Beach.
Obama est à Omaha Beach.
Obama est à Omaha Beach.
Obama est à Omaha Beach.

PS : Bizarre ...un nain le suit partout.

vendredi 5 juin 2009

Heaume



Alors ce soir, bombardement médiatique oblige, allez-vous regarder "Home", du gars à moustaches qui fait toujours des photos de très haut, de son hélico ?
A la TV, en DVD, sur You Tube, dans ton slip, à la radio, "Home" est partout, ce soir.

Si je puis me permettre d'exprimer un avis : voici quelques notes discordantes au milieu d'un tapage de bonnes intentions, d'un tumulte d'avis similaires, d'une pandémie de bonne conscience instantanée (mais soluble dans l'amnésie collective comme le Nescafé dans l'eau tiède)

Que veut-on nous démontrer ?
Cinq propositions possibles (cherchez l'intrus)

La planète est formidable.
Ho, comme c'est beau les icebergs et les canyons.
PPR est un sponsor merveilleux gentil et fait dans le social pour tous ses salariés.
Méchants, méchants hommes, vous salissez tout.
Attention, on est cuits, c'est la fin dans quelques années.

Avec une musique de fond instrumentale mêlée de cris gutturaux, de choeurs d'adolescents toltèques et de tams-tams du Burundi-moi-quand-ça-finit, on va nous brosser un tableau-mosaïque de jolies-jolies cartes postales mélangeant les volcans, les canyons, les baleines (non, encore !!) et quelques hippopotames survolés par des aigles doux.Sans compter les geysers jaillissants, les champs multicolores plein de couleurs polychromes bariolées, les montagnes neigeuses au soleil couchant qui se lève et tout ce qui est beau de très loin et moins quand on a les fesses dedans (surtout les geysers)
En comparaison, bien sûr des buildings des villes moches et qui sont... moches, des tracteurs qui puent et des forêts rasées comme une touffe d'actrice X, brésilienne ou pas (NB : excusez-moi, là c'est sorti tout seul)

Hé bien moi, je préfère habiter dans une ville bien urbaine, même pas aussi belle qu'un canyon, une avenue bien encombrée pas aussi belle qu'une jungle, un endroit bien achalandé où il n'y a pas de loutres géantes au coin du bois ni de mygales qui chaussent du 39 à chaque carrefour.
Non.
Et puis, quand on prend le TGV, on voit bien qu'il y a encore plein d'endroits vides entre A et B. Lâchez-nous avec la nature et, pitié, ne m'y mutez pas d'office !

Ceal dit, tout ce vilain malheur qui arrive, c'est de votre faute, télespectateurs-consommateurs-pollueurs, et désormais, tels de bons petits scouts verts, nous vous demandons de faire des "gestes" pour la planète. Au choix :
Ne vous lavez plus les dents (trop d'eau qui coule)
Ne prenez plus de bain (quel gâchis !)
Faites Paris-Deauville en Vélib (ou à pied ?)
Mettez votre PC sur veille même quand vous vous en servez.
Ne mettez pas votre TV sur veille même quand vous vous en servez pas.
Ne vous chauffez plus en hiver, et surtout pas de clim' en été.
Ne buvez pas d'alcool, ne fumez pas, ne gravez pas de CD, n'achetez plus de livres.

Modestement, je dis : Démago-kraft nein danke !
Foutus pour foutus, autant rigoler encore un peu.
Les dinosaures, ils ont bien fait la bringue jusqu'au dernier jour, ou l'on m'aurait menti ?

Je tiens juste à faire valoir que, quitte à me présenter plus rapidement que prévu devant la porte de l'Enfer-ou du Purgatoire, si mon dossier a pu être un peu nettoyé et si Voltaire est dans le jury-, bref... au jugement dernier, autant avoir les dents blanches, ne pas sentir le chacal, ne pas avoir des mollets de grand-mère Moltchène et d'éviter de renifler trop fort ou d'être déjà en sueur et enfin de posséder un zeste de culture pour discuter avec les diables ou les anges.

Comme l'a dit Woody Allen, l'éternité ça doit être long, surtout vers la fin.

A vous les ours blancs, à vous les pandas,
38 degrés ? Fièvre du vendredi soir !

jeudi 4 juin 2009

Trois minutes trente de bonheur


Dans la voiture.
Démarrer.
Autoradio "on".
Insérer CD.
Première.
Sélectionner piste 11.
Play.
Volume 48.
Seconde.
Introduction familière.
Couplet qu'on connaît par coeur.
Troisième.
J'entends même plus le moteur.
Refrain chanté à tue-tête.
Couplet suivant.
Je double une mobylette;
Refrain chanté à tue-tête.
Couplet , celui-là,on ne sait plus trop bien les paroles, comme c'est en anglais.
Feu rouge.
Feu vert.
Redémarrer.
Refrain chanté à tue-tête.
Première.
Solo de guitare qui décoiffe.
Refrain chanté à tue-tête.
Seconde.
Couplet qu'on connaît bien mieux.
Refrain chanté à tue-tête.
Deux fois le refrain à la fin.
Roulement de batterie final.
Le public hurle - c'est un live-
Fin du morceau.
Feu rouge.
Sélectionner piste 11.
Play.


A vous Les Clash, à vous les Stones.
37 th Street.

mercredi 3 juin 2009

Chiens de Réservoir


Acte I - Scène 1
Personnages
MR. PINK
MR. BLUE
MR. ORANGE
MR. WHITE
Décor : une terrasse de café. USA fin XX° siècle.
MR. PINK, MR. BLUE et MR. ORANGE sont attablés et un peu avachis.
Ils sont habillés en bleu de travail et en T-shirt blanc. Ils portent une casquette de base-ball vert pomme où est écrit « Windows Cleanos Express »
---
MR. PINK - J’ai mal au crâne. On a forcé sur la vodka, hier soir. Blue, passe-moi une cigarette. T'as pas un cachet ?, toi qui es un peu docteur sur les bords.
MR. BLUE - D'abord, j'ai plus de cigarettes. J'ai arrêté lundi. Tu le sais, tronche de cake. Si je te donne le cachet vert que j'ai dans ma poche, tu vas pas être vraiment bien dans tes baskets. C'est vrai, Pinky, tu as une tête de zombie ce midi !. Déjà que tu as les yeux globuleux… Heureusement que tes oreilles les cachent !
MR. PINK – Pas de clope, pas glop. J'ai la marée qui monte. Les dents du fond qui clapotent. Le système digestif à deux doigts du retour marchandise. Je vais boire encore un café pour essayer de faire une digue. Dans ma tête, ça tourne à Manhattan. Dis-moi, Blue, t’aimes bien les films avec des zombies, toi ?
MR. BLUE – Ah, non! Ni les machins gore. J'en ai plein le béret de ces navets avec des scies sauteuses à longueur de pelloche. Ça pisse l'hémoglobine. Je sursaute toutes les cinq minutes. C'est pas crédible, des trucs aussi méchants.
MR. ORANGE - Bon, les gars, ça va. Arrêtez de faire les chochottes. Quand vous avez arrosé les vigiles hier matin, vous étiez pas figurants dans Cendrillon. Et vos calibres, ils sortent pas de chez Toys ‘R us ?
MR. PINK et MR. BLUE (ensemble) - Là, c'est pas pareil!
Arrive MR. WHITE (même accoutrement, mais il a gardé ses lunettes noires)
Il s’assied avec eux à la table du café. Il commande un Fernet-Branca-Tonic et un verre d’eau plate.
MR. WHITE - Bulletin météo : on écoute et on se tait. Les amis, l'oseille est au frais. Tout est clair, sur toutes les fréquences. Ca court partout, mais pas dans la bonne direction. On a aussi du bol. Niouzes de l'hosto : les deux vigiles n'ont pas passé l'arme à gauche. Le boss avait dit de viser les guibolles et ça porte toujours chance. Les petits veinards. Ils vont être classés monuments nationaux. Nous, on est ennemi public au top du top. Même à Wall Street, on doit avoir une cote à nous, maintenant.
Avec les années de tôle qu'on peut accumuler, à nous quatre, même Ramsès Deux aurait l'air d'un lapin de trois semaines en sortant du bloc numéro neuf !
MR. BLUE - Si et seulement si on évite la chaise électrique ou l'injection de mort aux rats. Je ne sais plus quel est le truc à la mode dans cet État ? Je veux bien faire Sean Penn comme dans « la Dernière Marche » mais à la place de Sarandon, je demande Scarlett Johansson !
MR. WHITE – Il faudrait d'abord qu'ils commencent par nous serrer de près. Pour l'instant, c'est Gangsters 5, FBI 0.
MR. ORANGE - Et Mesdames et Messieurs, c'est pas encore torché. On est juste à la mi-temps. Mais, vu qu'on décolle dans quatre heures direction la salsa, les cigares, et le daiquiri… Il se peut que le score ne bouge pas. Halte- là, Robin des bois, tutti va bene.
MR. PINK – Beurk ! Arrête de me faire penser à la bibine. Je vais commencer par pioncer dans l'avion et je toucherai même pas à mon plateau repas.
MR. WHITE – Quoi ? tu délires ? T’es fou, le plateau c'est LE meilleur moment dans l'avion. Depuis que je suis tout p’tit, c'est ce que j'attends dès qu'on n'a décollé. Au pire, tu me passeras le tien… Sans déconner !
MR. BLUE – Vrai! C'est hyper sympa les petits couverts, la dosette de sel et le poivre aussi. Et en plus on est en bizness classe. Tu vas voir, y’aura un plat chaud dans une barquette alu. Et du pinard californien. On boira dans des vrais verres, pas ces saletés de gobelets en plastoc. Et je dirai « merci madaame » à l'hôtesse et qu’elle peut bien me resservir du champ’ si elle insiste.
MR. ORANGE - On va rigoler. Petit rappel du tableau. On sera quand même déguisés en gonzesses. Faudra pas trop en faire quand même. J'ai regardé mon tout nouveau passeport, appelez-moi Miss Clémentine Brown !
MR. WHITE - Et moi, c'est Immaculada Smith…
MR. BLUE – Carmen Rainbow…
MR. PINK – Daisy Purple, pour vous servir. Saleté de vodka polonaise. Alors dans mon rôle de fille, je crois bien que j'ai mes indiens et que je vais faire la gueule. C'est du vécu, et j'ai un max d'exemples en archives. J'aurai pas trop à me forcer. Next step, on paie nos consos. On se barre cool d’ici.Sans bruit et on laisse un pourliche.
MR. WHITE - On va passer maintenant deux heures chez la maquilleuse. Et on se fait épiler les gambettes. On va se saper bien mignonnes mais pas trop. Wow ! Après, on saute dans un taxi avec juste un petit bagage à la main. On devient des visiteuses médicales en voyage « incentive ». Les copines, on a performé et notre directeur nous envoie au soleil pour nous motiver. Le scénario est en béton.
MR. BLUE - Moi, si j'étais une nana, je vous dis pas que j'en serais une sacrée belle ! Achtung Baby ! À côté de moi, Mata Hari ce serait Mère Teresa !
MR. PINK – Une belle de quoi ? t'as vu ton pif ?
MR. ORANGE - De coquine, Pinky, de coquine… Pas de prof de maths…
MR. WHITE - Non, non pas moi. Trop facile à dire. T'as vu la mine des lourdauds qui pourraient nous draguer ? Aah, les mecs, tous pareils. Quatre copines en voyage et ils rappliquent, la bave aux lèvres.
MR. BLUE – Mais bon, c'est des types comme nous les dragueurs, en fait. Ça fait réfléchir.
MR. PINK - Moi, aujourd'hui, je prends une veste même avec moi en fille dans la glace. Je dois avoir une haleine de poney et on doit me sentir arriver depuis Houston, Texas.
MR. ORANGE - Pas de poney, Man, de sanglier ouzbek. Mais je peux te dire qu'après ton passage aux effets spéciaux, tu vas attirer les requins et les marteaux aussi.
MR. BLUE - Bon, plus j'y pense, plus je me dis que je serais quand même un poil romantique comme gisquette. Allez, je couche plus le premier soir. Ça fait fille facile !
MR. PINK, MR. WHITE et MR. ORANGE ( rires) Tous boivent une gorgée du verre en face d’eux.5 secondes de silence.
MR. WHITE – Impec !
Le boss m'a briefé avant que j’arrive.
Je vous récapitule en intégral, dolby stéréo, pour les sourds et les malentendants.
Donc. On fait le coup. Vous tuez personne. Zéro de chute. On a presque 20/20.
Vous passez une soirée dans la planque de la 117 ° rue. Vous restez tranquilles. Pas un coup de fil. Même pas un SMS à maman.
Bon, on a bu deux ou trois coups de vodka et on a juste joué à la PlayStation. Blue, t’étais pas obligé de tirer sur la télé quand t'as perdu à GTA2 ! Mais bon, réglo, t’avais mis un silencieux.
Ensuite, à J plus 1, vous vous sapez en laveurs de carreaux le matin, puis direction chez la mère Paloma pour 14 heures pétantes. Elle a fait Hollywood, option maquillage et déguisement. Elle vous transforme en poulettes, façon « working girl ».
Elle fait du boulot d’artiste. Même votre petite sœur vous demanderait du rouge à lèvres si elle vous croisait dans les chiottes de son lycée. Vous avez déjà les passeports, les papiers qui vont bien et les billets aller-retour. Nickel chrome.
Vous prenez le gros oiseau en bizness classe. Et surtout pas en première, bande de nazes. Direction chez Fidel et Guevara, mais sans passer par la case Guantanamo.
Si tout glisse comme sur du velours, je vous rejoins 10 jours plus tard et ont fait les comptes. Après, vous regarderez les joueurs du loto avec pitié pour le reste de votre vie. Même Bill Gates ne vous donnera plus le tournis. Préparez-vous bien, c'est du millimétré. On va être dans le Guinness des records, sauf que pour les noms, il manquera des cases.
Ah, oui, oubliez pas. Vous commencez à penser comme des nanas bien avant le guichet d'embarquement. Cette scène là, elle est sans deuxième prise. Enfin, c'est si vous avez envie de voir San Quentin seulement dans les archives vidéo et avec Johnny Cash qui chante dedans.
Et surtout pas le sosie musclé d’Afrika Bambataa qui vous sourit bêtement en vous demandant de ramasser le savon. Clair ? Sinon, je répète.
Et le boss, il aime pas répéter.
MR. ORANGE - Oui, oui. On sait tout ça. On n'a pas un lecteur double disquettes à la place du Pentium. Est ce qu’on devra rester nippés en poules de luxe longtemps ? Moi, le maquillage, je suis pas un expert. Et les poils aux pattes, il paraît que ça repousse vite !
MR. BLUE- (soupir) C'est pas facile d'être une femme actuelle et belle…
MR. PINK – (soupir) Tous les mois, c'est dur quand même d'être indisposée…
MR. ORANGE – (soupir) Pour rester jolie, il faut souffrir, c'est sûr !
MR. WHITE – Oh, oh, les filles ! On se calme. On respire. On se relaxe. D’ici 15 jours on pourra aller chez Chanel et se payer tous les sacs qu’on voudra !
MR. PINK - Je ne tiens plus. Je me lève. Je vais aller repeindre les chiottes de ce bar au pistolet et on se tire d'ici, c'est déjà l’heure. Attendez-moi, et après « Go, Go, Johnny Go !
MR. WHITE – Vas-y, ma poule. Fais ta vidange.
Comme ça, t’auras juste un peu de place pour ton plateau dans l'avion. Les Weight Watchers , on n’est pas encore adhérentes… »

Fin de la scène 1

A vous Quentin, à vous Audiard
C'était le number 36

mardi 2 juin 2009

Moby tique


Je ne sais pas pour vous, mais moi, les baleines je n'ai jamais trop aimé.

Déjà, petit, j'avais lu une version light de Moby Dick, un gros bouquin avec des images.Cela m'avait marqué.
Comme j'allais souvent à la pêche en bord de mer (j'habitais Dakar), j'étais déjà du côté des chauds pêcheurs et pas des poissons froids.
Le Capitaine Achab, OK, il est couturé de partout, il est à moitié fou, il force son équipage à souquer dur et à naviguer jour et nuit dans les mers hostiles et jusqu'à ce que scorbut s'ensuive, mais quand même... c'était un vrai de vrai, lui !
Alors, finir accroché par des filins et des harpons sur le dos de la baleine blanche et couler avec le monstre, non, ce n'est pas la mort qu'il faut au courageux marin !
De plus, les baleines , elles nagent dans la mer, mais là où c'est vraiment vraiment trop profond.
Là où le fond est inatteignable, même par un Italien avec des grandes palmes, qui fait du yoga une heure avant, se bouche le nez avec une pince, a le coeur qui rétrecit pour devenir comme un bigorneau et va si loin que les plongeurs-bouteilles-bulles qui le regardent passer en ont mal à la tête.

Le Grand bleu, là aussi, très peu pour moi. L'angoisse ! Ces étendues océaniques glacées et mystérieuses, où naissent les tsunamis, les vagues tueuses, où sombrent les bateaux qui reçoivent une fourbe torpille et où disparaissent les avions maudits à tout jamais. Depuis que j'ai vu les Dents de la Mer, moi , je ne me baigne plus là où j'ai pas pied.
Pareil pour Mermoz, un type bien, joli casque en cuir sur la tête, un avion aux lignes indémodables et tout ce qu'il faut : boum ! splash ! dans le Grand Bleu inquiétant. Evaporé, dilué, miniaturisé, javelisé par le plancton.
Pas comme St Exupéry, le même casque en cuir sur la tête, très sympa, avion tout aussi racé , mais qui est abattu dans quelques mètres de Méditerrannée, et un pêcheur retrouve sa gourmette dans son filet.Plus accessible comme destin tragique.
Retour aux baleines.
Elles sont trop grandes, on voit pas bien où sont leurs yeux, il y a des coquillages qui se fixent dessus, elles sont trop gourdes pour se sauver à l'approche du baleinier, lequel est toujours poursuivi par des zodiacs Greenpeace.
Sauf Moby Dick, je pense, mais maintentant elle doit être à la retraite, avec le squelette d'Achab en sautoir et ses enfants sont du genre méfiants.
En plus , elles poussent des cris pas beaux du tout, genre sonar de l'U-42, avec du flanger et de la réverb', qu'on nous fait entendre et ré-entendre dans les documentaires larmoyants.
Je n'aime pas. J'ai le droit , non ?
Non merci.Et je ne veux jamais me retrouver face à leur tronche (ou c'est la queue ? on ne sait jamais bien où est l'avant de l'arrière du monstre !) si je fais un petit tour palme-masques-tuba dans les mers du Sud.Mais ce n'est pas encore prévu, cher ami, me direz-vous avec ironie.

Oui, oui, oui, je sais, elles vont disparaître, et c'est de la faute des Japonais et des Norvégiens qui les harponnent avec furie. Allez-y les gars, parlez-leur en V.O si vous pouvez.
Mais qu'elles aillent nager au fond de leur Grand Bleu, avec les poulpes géants.
Et d'ailleurs, ceux-là, je les retiens !
Depuis que j'ai vu "20.000 lieues sous les mers", et le poulpe géant qui veut bouffer tout le monde sur le Nautilus, et ce pauvre Kirk Douglas qui a toutes les peines du monde à le harponner, je leur en veux aussi un maximum.
Le Nautilus est endommagé et le Capitaine Nemo est salement touché.

Nemo , c'était un type brillant et incompris, tout comme Achab.
On ne le dira jamais assez.

A vous Jules, à vous Herman
Trente-cinq mètres sous la mer (c'est trop)

Bla bla bla


Triste, bien sûr, cette histoire d'Airbus Air France, parti de Rio, jamais arrivé et aurait été "foudroyé".
Vous remarquerez combien d'experts doctes et compassés viennent à la radio et à la TV et justement nous "expliquent", mais on ne comprend pas plus à la fin de leur exposé docte et compassé.

Eux non plus ne comprennent rien , mais cela n'empêche pas ces "professionnels", ces "anciens pilotes", ces "spécialistes" de tenir leurs propos de gens qui savent, en boucle.Ad nauseam.

Et les journaux de nous passer un trajet supposé de l'avion sur Google Maps et de nous ressortir de façon spectaculairement humaniste toutes les images des crashes précedents, avec les flammes, les ambulances et les images tremblées atttrapées sur des télephones portables, y compris celui du Concorde , qui n'a rien à voir, mais qui est impressionnant, alors coco, mets ça au montage, on a du temps d'antenne à remplir pour dans une heure !

Pour la foudre, il nous est dit que cela n'arrive jamais, cela ne peut pas arriver. Mais c'est arrivé quand même.
L'imprévisible n'est pas prévu, l'accident ne doit pas accidenter, personne ne peut gagner à Euromillions, Nadal doit être en finale, la Bourse ne s'écroulera jamais, et la garantie existe justement pour ne pas avoir à s'en servir.

Sans compter le vocabulaire "ad hoc" des catastrophes aeriennes que chacun utilise d'un air entendu...
Les boîtes noires ? Objets mythiques contenant la clé de tous les mystères.Nimbées de toute une aura de secrets savamment codifiés et d'inconnu. Et puiqu'on vous dit qu'elles sont oranges , maintenant...
La cellule psychologique ? Des spécialistes de la psychologie , on vous dit.


Allez, encore deux-trois jours comme ça et on passe aux élections européennes qui vont faire arriver les spécialistes professionnels experts de l'analyse prévisionnelle a posteriori et du sondage qui a menti.

A vous la Tour de contrôle.
(Message non décompté dans mes chroniques)