dimanche 12 septembre 2010

Un film magnifique : Benda Bilili !



Courez voir ce film , Benda Bilili !

Documentaire poignant et saisissant sur des musiciens de Kinshasa (République Démocratique du Congo), filmé dans la durée depuis 5 ans.

Les deux cinéastes français les ont rencontrés, alors qu'ils vivaient leur existence hallucinée de survivants, handicapés ("polios" aux jambes atrophiées pour la plupart), dans les rues de cette ville géante qui a l'air totalement fracassée et invraisemblable. C'est une bande improbable, bringuebalante, mais ils sont tous unis entre eux par des liens forts , une adhésion à une but suprême : sortir de cette putain de vie de merde, même quand on dort dans la rue, avec aussi peu d'argent que le plus pauvre des pauvres.

Aujourd'hui"hui, ils ont accompli un rêve : enregistrer un album, devenir célèbres, peut être quand même un peu riches et même faire des concerts en Europe... alors qu'ils dormaient encore récemment sur des "tonkars".

Des quoi ? oui, des cartons, dans leur langue (le lingala où percent des mots français parfois aussi tordus que leurs corps).

Ce qui est beau, c'est leur parcours, leur unité et bien sûr leur indéfectible foi en la vie.

Ces hommes jouent de la musique avec des instruments improbables, de guitares à une corde ou des percussions élémentaires posées sur une chaise en plastique !

Ils répètent à ciel ouvert, sous des arbres penchés, dans un zoo défoncé et créent des morceaux superbes, avec une passion et une joie communicatives.

Il faut les voir, faisant de la musique, trônant avec dignité dans leurs "sièges" de handicapés, bricolés avec des morceaux de mobylette et des sièges de récupération, motivés et souriants, empreints du rythme et de la grande vibration de la terre africaine : c'est bluffant.

Car ces hommes ont la noblesse et la classe des blues men de Chicago ou du Mississippi, leurs lointains descendants. C'est bien ce qui émane de Papa Ricky, le plus âgé, donc le "vieux " qu'on respecte et qui conduit tout ce petit monde boiteux vers le succès, ce rêve inespéré.

Papa Ricky, tu ressembles à John Lee Hooker, c'est moi que te le dis.

Bon sang les gars, on va pouvoir s'acheter un matelas peut-on lire dans leurs yeux, alors qu'ils se partagent 800 dollars à 15, après leur tout premier concert payé !

(Ce que gagne un footballeur chez nous, le temps qu'il s'enlève une crotte de nez.)

Mais là n'est pas la question, tellement on sort de ce film avec un sourire large comme le fleuve Congo.

Avec eux, autour d'eux, jour et nuit une myriade d'enfants des rues, certains étant leur progéniture, d'autres des petits bonshommes errants... comme ce Roger qui les rejoint, à l' âge de 15 ans, par l'entremise des 2 réalisateurs qui ont été conquis par son talent.

Roger brûle d'une flamme invincible. Ce garçon a l'oreille absolue et il a fabriqué un instrument avec une boîte de lait vide, un bâton courbé et un fil de nylon.

Par on ne sait quelle magie, ce système produit de sons , joue toutes les notes et peut s'accorder au demi-ton près. Si l'invisible existe, il se niche entre l'âme de Roger, ses mains et les mélodies aiguës et entêtantes qu'il produit, en vous regardant dans les yeux comme si chaque note émise le rachetait de l'enfer.

Et l'enfer, il est là, juste à côté.

Jérôme Bosch avait peint des tableaux qui seraient juste un peu en dessous de la réalité de Kinshasa.

Il n'avait pas imaginé des matches de football avec des types qui n'ont pas de jambes, des rues défoncées et une jungle urbaine tentaculaire traversée par des trains à bout de souffle, qui avancent surchargés d'un peuple étonné de vivre encore chaque matin, avec des prédicateurs qui hurlent dans leurs oreilles, des incendies dans les centres pour orphelins et des blindés de l'ONU qui patrouillent encore un peu partout.

En fait, il aurait aussi oublié quelque chose.

Même en enfer, il y a encore des hommes qui rient en montrant des dents blanches, et qui croient que le destin peut se retourner comme une voiture sur la route.

Et ça, c'est fort;

Très très fort .

vendredi 10 septembre 2010

Dent du fond et art contemporain



Waow !

Ce matin, je ne fais pas le fier à bras, je cours chez mon dentiste (un homme charmant, je tiens à le dire), et , pour faire court, ce professionnel du chicot a peiné plus d'une heure pour me dévitaliser une ratiche cassée.

J'ai bien vu qu'il peinait, tournait et virait. En gros plan, ses mains, la seringue qui allait et venait et ses outils qui gziiiiiiiiiiiiiiiiii, dans des sonorités si aigues qu'on a les os qui vibrent.

Moi qui suis si bavard, je suis donc resté bouche ouverte tout ce temps, émettant juste des hmmm simples ou des hmmm doubles pour exprimer mon modeste point de vue (dont tout le monde se fout par ailleurs) sur les commentaires "live" qu'il me donnait, les outils à la main et le sourire caché derrière son masque.

Je n'allais pas lui dire ce qu'il fallait qu'il creuse et rebouche non ?

A l'entendre, il s'agissait de canaux gigantesques et multiples et j'avais l'impression qu'il travaillait sur les fondations du chantier de la Grande Bibliothèque.

Alors oui, je dois aussi vous dire que chez mon dentiste, il y a face au siège du patient patient, donc face à vous et de facto le seul truc que l'on peut fixer -à part sa lampe et son visage à l'envers- c'est un tableau de Picasso, époque cubiste, dans les tons noir-gris et bleu. Un portrait de femme tout à fait déstructuré mais ô combien réel, tout comme votre esprit quand le gziiiiiiiiiiiiiiiii retentit .

Comme j'essayais de penser à autre chose, j'ai réfléchi à la notion d'art contemporain, mais en fait, jamais plus de trente secondes, en fait.

Gziiiiiiiiiiiiiiiiiii.

(Un peu comme celui qui illustre cet article, ce n'est pas le bon, il faut que je fasse des recherches pour le retrouver.)

Ce tableau a vu des dizaines de dents arrachées, de bouches ouvertes et de plombages ou radios.

Et ça, c'est pas de l'art abstrait, je vous le dis .

Gziiiiiiiiiiiiiiiiii.

Croyez-moi, au bout d'un moment, on préfère regarde la lampe et les néons du plafond plutôt que ce tableau.

KO pour la journée, votre serviteur a eu l'impression d'avoir un morceau de bois ou de marbre à la place de la moitié de la face pendant quelques heures .

Mon dentiste est un homme bon, je loue son talent et le remercie d'avoir rendu lisse le chantier de la Grande Bibliothèque.

Mais, devrais-je lui offrir une reproduction d'un autre tableau de Picasso ?

Hmmmm, j'attends que la couronne soit posée.

Gziiiiiiiiiiiiiiiiiii.

jeudi 9 septembre 2010

Quelques néologismes d'actualité



L’areu-traite : pension pour laquelle il faut cotiser de 7 à 77 ans
Putiche : femme de chef d’Etat qui fait tapisserie mais a aussi un passé très chaud
Lapideh : prénom iranien, lourd à porter
Awoerther : avoir une légion d’Honneur, sans aucun courrier de soutien
Raie–pue ricain : citoyen US toujours contre Obama, quoiqu’il fasse
Rhum : boisson qui se boit en quart, à Vannes, à expulser par litres
Infidèle Castro : « avant, j’étais rouge »
Oust Open : club de tennis fermé aux tricolores
Cellule Friscale : prison pour évadés des impôts, genre buveurs de L’Eau Réale
« Où est le bec ? » : nom de code d’un plan média aveuglant pour un seul livre quand 700 autres sont publiés en même temps
Lagarde à vue : ministre de l’Economie, hélas pour plus de 48 heures
Médiatarte : site Web qui balance de la crème à la face des pourris
Ravictorieux : sportif interviewé qui n’a pas pris de but face à des amateurs moldo-slovènes

mercredi 8 septembre 2010

De la trottinette et autre modes passagères



En ce mois de septembre, vous l’avez peut être vu, la trottinette est de retour chez les kids, dans une tranche d’âge 7-15 ans environ. Le paradoxe de genre d’objets est qu’il est « dans le coup » une année, et totalement ringard l’année suivante. Faisons quand même plaisir à nos kids !
Hélas, ce n’est pas comme les abominables dents baguées, pour certains pauvres gamins, qui les défigure pour longtemps, ne sert pas forcément à grand-chose et dont la mode perdure depuis semble-t-il, des décennies. Au secours, vilains parents !
Cet été, il fallait porter un chapeau, genre borsalino, ce qui arrangeait bien les chauves, et au printemps prochain on verra peut être un I Phone version 5 ou 6, décliné en couleurs fluo et qui marchera peut être si l’on veut recevoir un coup de fil, à défaut d’envoyer des photos sur Facebook.
Je ne vous parle pas du jean des -plus ou moins rappeurs- qui est porté tellement bas que j’en ai mal pour eux et qu’ils ne peuvent dépasser la vitesse de 3km/h (ce qui leur interdit toute fuite soudaine ou rapprochement rapide vers un être du sexe opposé, ceci dit).
Pour les petits n’enfants, on me dit que le lapin nain est très « in ». Je vois des photos d’animaux qui ressemblent bien à des jouets en peluche, les crottes en plus. Cependant, il nous est expliqué que le dit rongeur doit être poly vacciné, nourri de granules spécifiques, hébergé en cage ad hoc, avec un tunnel pour lui rappeler le terrier de ses ancêtres et qu’il peut s’étouffer en avalant ses poils. De plus si vous le laissez gambader dans votre petit jardin, attention ! Chats, corneilles, voire fouines peuvent lui dévorer la tête d’un coup de dent ou de bec. Imaginez les pleurs !
L’achat d’un enclos sécurisé du prix d’un I Phone fluo s’impose De plus pour espérer en tirer une risette, il faut avoir de la chance, la bête est vraiment très sobre dans l’expression de sentiments, et avec une espérance de vie de huit ans, vous pensez bien que la trottinette de votre fille sera à la casse depuis bien longtemps quand le lapin nain vous coûtera encore une fortune en mutuelle pour animaux et médicaments adaptés, quand il attaquera sa cataracte et son cancer de la prostate, au grand bénéfice de votre vétérinaire, métier qui doit être d’une hallucinante profitabilité dans les zones urbaines peuplées de CSP « plus » et d’enfants gâtés, comme là où j’habite.
Faire le bonheur des kids en cédant à la mode, aaah !
Tout ça pour la photo d’un sourire plein de dents baguées, surplombé d’un borsalino qu’on peut s’échanger via Facebook, et envoyée d’un I –phone fluo par un pote plus ou moins rappeur, au jean porté trop bas.

Il y a des jours où l’on se sent comme le lapin nain, prêt à s’étouffer en mangeant des granules ! Allez, je retourne dans mon terrier en tissu synthétique.

dimanche 5 septembre 2010

Le dernier RER (2/2)



Flûte, encore trahi par la batterie ! Tant pis pour le chronométrage, je le range dans ma poche et aperçois les deux ados qui poussent un petit cri au même moment, l’air dépitées. Je souris en me disant que les batteries des portables sont décidément peu fiables.
On arrive donc à Charles de Gaulle- Etoile dans une vingtaine de secondes. Je me vois déjà montant quatre à quatre les marches de l’escalier roulant pour sortir de la station, passant à travers les immenses couloirs bardés de publicités.
Le temps passe.
Je rêve, ou cela fait au moins une minute de trop que nous filons encore à toute allure dans le souterrain noir ?
Le temps s’écoule, je me demande ce qui m’arrive. Trop surpris pour penser, juste absorbé par les secondes qui filent et le bruit assourdissant du RER.
Tous les passagers sont nerveux, bougent, murmurent quelque chose pour eux-mêmes ou leur voisin.
Le black et le vigile sont debout, tendus, près des portes, ils semblent être prêts à bondir. Le rappeur a enlevé son casque. Nous nous observons tous, à tour de rôle en de grands regards panoramiques et inquiets.
Nous nous adressons aussi de grands gestes muets d’impuissance, en levant les épaules. Le chien du vigile s’est redressé, il est agité, il lance un aboiement bref, son maître tire nerveusement sur la laisse.
Le RER file toujours droit, grinçant et hurlant de plus belle.
Les deux filles se serrent fort dans les bras l’une et l’autre. Elles parlent vite.
Les deux retraités ne disent rien, ils restent tassés sur leurs sièges, abattus, ils se donnent la main.
D’interminables minutes continuent de s’écouler me laissant une impression croissante de froid sur l’estomac. Le bruit de la rame qui file et tangue semble anesthésier tout le monde. Le rappeur nous montre à son tour, sans dire un mot, que son portable est aussi muet…
Le vigile soudain tire sur le signal d’alarme. Rien ne se passe.
Cela doit faire au moins dix minutes que nous roulons ainsi, et aucune station n’est en vue, nous roulons dans le noir des couloirs souterrains, entrecoupé de pâles lumières.
Il fait vraiment très chaud, malgré les fenêtres ouvertes.
Encore deux ou trois minutes qui semblent des heures, et le RER ralentit soudainement. Nous nous regardons tous à nouveau, avec des mines interloquées et inquiètes.
Une lumière mauve éclaire le souterrain. Nous arrivons en station, tout doucement.
Le RER s’arrête. Silence. Pschhhh. Les portes s’ouvrent enfin.
Je regarde les immenses murs blancs carrelés de la station, baignés par cette lumière mauve. Je lis et relis ce que je vois. Il est écrit « Ch@rle de Gaule H&itoil ». Et ceci est répété partout, à l’identique.
Les espaces publicitaires sont vides, un espace gris les remplit.
Nous descendons du wagon, hébétés et nous regardant, sans oser trop avancer. Je vois les passagers des autres wagons, disséminés sur le quai, peu nombreux. Chacun hésite, scrute les autres.
Sonnerie de fermeture des portes, nous sursautons tous.
Fermeture brusque et le RER repart...dans l’autre sens !
Silence dans la station. J’essaie en vain de rallumer mon téléphone.
Des bruits de pas précipités et des cris bizarres résonnent soudain dans le couloir de sortie juste en face nous.

Le dernier RER (1/2)




Le dernier RER A de Saint-Germain en Laye vers Paris part à minuit quinze précises et je l’ai raté.
Mais, ce soir, coup de chance, il y en a apparemment un de plus, programmé à minuit trente, et je suis monté dedans.
Juste à temps.
Les portes claquent et je me jette sur un siège, un peu essoufflé. Il y a de la place, le RER est presque vide.
Je dois être dans le wagon au milieu de la rame. Pas grand monde, donc, ce soir. J’aperçois un couple de retraités, cheveux blancs, qui parlent trop fort, ils sont tout au bout du wagon.
Calé dans mon siège, je lance un regard circulaire et observe qui d’autre occupe cette voiture. Debout et tenant la barre métallique verticale, un rappeur urbain, casquette orange I love New York, pantalon mauve à rayures porté vraiment très bas, presque sur ses genoux maigres, écoute son lecteur mp3 avec concentration et j’entends un faible rythme tatapoum tchac tatapoum qui s’échappe via ses oreillettes blanches.
Deux rangées plus loin, assises, deux ados filles, short court et T-shirt à paillettes, bracelets qui tintent et dents baguées, avec chacune un sac à main qui doit coûter une petite fortune, porté bien en vue à la saignée du coude, manipulent avec bruit leur téléphone tactile et échangent des fous rires entendus. Pas méchant.
Tout au bout, mutique et sobre, de noir vêtu, un vigile de nuit qui rentre ou va prendre son service et qui tient en laisse, très court, son berger allemand en muselière. Discipliné, le dogue est calme.
Un black, quinquagénaire et bedonnant, lit le quotidien gratuit froissé qu’il a pris sur le siège devant lui.
Le Vésinet-Centre. Pas un chat.
Les stations défilent lentement. Personne ne monte, personne ne descend, c’est un jeu à somme nulle.
Une des ados semble maintenant sommeiller. L’autre doit jouer à un jeu électronique avec un petit bonhomme coloré qui court et qui tombe. Le chien du vigile est couché sur le sol râpeux et me lance un regard triste.
Rueil-Malmaison. Désert.
Les retraités sont immobiles, le regard dans le vague. Le rappeur écoute un autre morceau, le rythme semble être le même depuis un quart d’heure.
Nanterre Université. Pas une porte ne s’ouvre. Nous repartons.
Le black lit toujours, il a l’air absorbé.
Nanterre Préfecture, pas un voyageur sur les quais.
Nous arrivons à la Défense, là aussi pas âme qui vive et personne ne monte. Le wagon reste clos, étanche dans son ambiance fatiguée, un peu engourdie.
Tiens, c’est drôle, ils mettent une lumière mauve dans les stations, la nuit ? C’est nouveau ?
Je trouve cet endroit sinistre.
Sonnerie, les portes du train sont fermées, redémarrage.
Ah, entre la Défense et Charles de Gaulle Etoile, je le sais, c’est le temps le plus long entre deux stations de la ligne A, quasiment une éternité…
Comme je n’ai rien d’autre à faire, je prends mon téléphone portable, et j’enclenche la fonction chronomètre. Un de mes fils m’a dit que cela durait trois minutes trente, je vais bien voir.
Le RER cogne, grince, fait un bruit d’enfer. Il accélère, et j’imagine que nous filons sous l’Avenue de la Grande Armée, plus vite que les derniers taxis qui y roulent encore à pareille heure. Trois minutes et deux secondes déjà que nous avons laissé la Défense derrière nous.
Trois minutes vingt-neuf, trois minutes tr…
L’écran de mon téléphone s’éteint brusquement.

samedi 4 septembre 2010

Lâcher prise



Voilà, notre envoyé spécial est médusé, épaté, éberlué. Il est tout léger, il se sent bien. La conférence de presse du Gouvernement avait été précédée de la musique avec choeurs d' »Il était une fois la Révolution » d'Ennio Morricone, et des petits fours distribués avec du thé à la menthe et des smoothies. Aucun policier en vue, les huissiers habituels fumaient des cigarettes dehors et la musique se changea en un morceau d'u groupe Air, très apaisant. La lumière était jaune, comme un coucher de soleil en Toscane.Les journalistes se regardaient, étonnés, mais commencèrent à déguster ces petites choses et à discuter entre eux, dans une ambiance pour une fois conviviale. Un peu en retard, bronzé et souriant, le chef de l'Etat apparut, dans une tenue totalement décontractée, jeans et Converse, chemise blanche. Les ministres aussi, vêtus comme en été, le suivaient, hilares, se poussant du coude. Une atmosphère de gaieté entourait le groupe des plus hauts responsables de notre pays. Un moineau traversa la salle.
Calmant le brouhaha, le Président commença un discours, sans papier, a cappella. Un grand sourire nimbait son visage, apparemment non rasé,
« Chers amis, le temps est venu d'opérer une rupture avec le passé. Nous n'avons que trop géré ce pays avec rigueur, sérieux, et surtout, surtout sans aucune direction humaniste. Quelle erreur !
Je vais vous annoncer aujourd'hui même la fin d'une forme de gouvernement à l'ancienne, rigoriste, figée.
Laissons les notions de restrictions, de contrôle et de répression se couvrir de poussière sur les étagères du passé.
Désormais, la France a besoin en priorité d'amour, de compassion et d'altruisme. Voici notre engagement à compter de maintenant !
Nos trois axes absolus de développement sont désormais :
(sa voix se fit chantante et presque flutée)
Partage, Ecologie et Tiers-Mondisme.
Ce qui signifie, en matière d'objectifs à court terme; Primo : zéro SDF dans l'hexagone, SMIC à 3000euros, abolition des privilèges, écrètement de toute fortune supérieure à 2 millions d'euros, nationalisation des banques et des groupes financiers, étatisation d'EDF, GDF, des autoroutes et de France Télecom. Le Service Public est de retour pour tous et pour longtemps !
Secundo : 99% d'énergies vertes à 3 ans, dépollution proactive, OGM bannis, agriculture et élevage bio systématisés.
(là, il scandait presque, comme dans une chanson des Clash)
Tertio : 25 % du PNB consacrés à l'aide aux pays en voie de développement, régularisation des papiers de tous les travailleurs immigrés, programmes de coopération prioritaires avec nos anciennes colonies d'Afrique notamment et... «  Bip Bip Bip Bip Bip........................................................
Soudain, le reporter de Libé-CNN News se réveilla, nous étions en 2013, les déportations massives d'immigrés sans papiers avaient déclenché de graves émeutes; 12 morts boulevard Saint -Michel, et il devait s'y rendre au plus vite.

vendredi 3 septembre 2010

Le Gland Journal de Canal Banal



Remis sur rails et l’esprit alerte, je tenais à vous faire partager mon peu de goût pour cette émission quotidienne, moment où le brouillé-crypté devient clair pour les amateurs peu initiés de la petite lucarne dont je fais partie (ceux qui n’ont pas accès à des chaînes payantes, je veux dire). C’est mon avis, le partageriez-vous ?

Ce show est fortement détestable à mes yeux et je vais vous dire pourquoi. Nimbé d’une histoire sympathique, d’un passé estimé, quand il était animé par des gens qui avaient un peu d’esprit et de grâce. Restent peu d’esprit, et beaucoup de graisse.
Tout d’abord, observons le niveau incroyable d’auto satisfaction et de joie non feinte de se croire intelligent émis de façon quasi radioactive par l’ensemble des animateurs et chroniqueurs. « Je m’aime », telle est leur devise, gravée en lettres d’or sur le fronton de leur orgueil.

Symbole absolu : les Miss Météo, incroyablement insupportables, sélectionnées pour leur plastique, leur décolleté 3D et leurs futurs rôles dans des navets indigestes 100% made in France, qui toisent les invités avec l’insolence kamikaze d’une grenouille face à un 35 tonnes et qui débitent des jeux de mots sinistres qui feraient faire la tronche à un Henri Salvador (« Respect » au passage à l’homme qui riait tout le temps).
Et je ne les nommerai pas tous, mais la brochette de présentateurs est affligeante : entre faux humoristes, beur attristant et/ou black affligeant « de service », fausse jeune première avec plus de kilomètres au compteur qu’un taxi d’occasion à Bucarest, apparitions momentanées de demi mondaines ou de glapisseurs réjouis, la panoplie est complète et bien au service de leur mission première : la PROMO.
Oui, et c’est cela qui m’épuise dans ce show pur « business » : le lèche-bottes absolu et systématique envers tout invité, en VF ou bien en VO avec oreillette-retard et traduction approximative mais qui montre qu’on cause presque anglais, nous, bref tout VRP dûment programmé par un service de relations publiques d’une major du cinéma et de la musique ou du service marketing d’un éditeur bien en vue.
Votre film est formidable, votre disque merveilleux, votre livre sublime et on doit courir voir votre pièce. Rappel de la couverture, extraits, citations enamourées, gros plan affectueux sur la pochette, dates de sortie citées cinq fois, exemplaires distribués aux autres invités qui font semblant de s’en réjouir… si le trait n’est pas appuyé, c’est que le Stabilo Boss ™ n’a jamais été inventé.
Frotte, lisse, brosse, polit et montre BIEN le produit aux acheteurs, tel est le travail du Gland Journal, entre deux pitreries efflanquées et des marionnettes parodiques désormais aussi affutées qu’un rouleau de PQ ayant séjourné un an dans l’Océan Atlantique.
Mais pour leurs chers invités, merci de n’émettre nulle critique un tant soit peu différente du texte que l’on doit pouvoir retrouver sans peine dans le dossier de presse !
De toutes façons, et c’est un autre tic affolant de ces pseudo-« journalistes », un invité dispose au maximum d’un temps de 7 secondes 4/10 pour parler après une question, las, vite interrompu par une autre question, une blague vaseuse ou une allusion interne à la vie dont on se fout de collègues de bureau de la petite bande assise autour de cette table en bois géante où ils trônent avec félicité.
Cette table, bardée d’écrans vidéos de retour où ils s’admirent en un beau miroir et voient leur face si fortement éclairée, pâle reflet de leur vacuité cosmique. Ils imaginent déjà quel bon trait d’esprit fat et gras ils vont décocher au prochain invité qui vient effectuer son temps règlementé de SAV pour manger et extraire son gagne pain médiatique.
A part une blague sur cinq d’Omar et Fred, mon opinion est faite : mettez- moi tout cela dans la décharge du grand Oubli, concassez le tout dans le broyeur de l’Amnésie.

Et convenez-en, pour ce genre de personnages, c’est la peine la plus infâmante qu’ils puissent jamais redouter.

Amtserdamned (part2)



Donc, je vous ai dit précédemment que je suis passé du mode « en pleine forme » à celui de « grand corps malade » en une petite soirée. No fun. Modestement, voici quelques remarques naïves, qui feront sourire les vrais éclopés de la santé. Respect pour eux, mais je veux sortir de leur club aussi rapidement qu’une gazelle poursuivie par un guépard et qui se souvient du bruit que font le craquement des dents sur un os. Je reviens sur trois concepts que je découvre.

Eins : La sollicitude de tous s’exprime en un clin d’œil et on voit avec étonnement l’inquiétude réelle de ceux qui tiennent à vous. Ceci dit, on mesure alors la vitesse à laquelle on passe dans une autre dimension, celle du hors jeu, de la fin de partie, du banc des remplacés. Tu es malade, ô mon pauvre, tu ne peux plus rien faire. Au secours !
Je n’ai qu’une envie, celle de repasser sur « on ». La notion d’être déconnecté, sur le côté est immédiate et, vraiment, prend à la gorge ! Comme être sur un bateau qui s’est éloigné du quai, et un bateau, c’est très lent pour revenir au port. Il en faut des manœuvres, donc on se sent parti pour un bout de temps, et ça, ce n’est pas plaisant.
Au secours, je veux rejouer le match avec vous… tout de suite.

Zwei : à l’hôpital, même en y restant 24 heures, et entouré de gens compétents, dévoués et humains, l’impression de devenir un dossier, un être non doué de raison, ni de capacité décisionnelle. Aller de A à B sur un lit à roulettes ce n’est drôle que dans le générique de « H ». Tu fais ton examen, tu attends, tu dois refaire un autre examen, tu attends, tu ne bouges pas, tu ne dis rien. Cela fait réfléchir sur les séjours de longue durée que nous serons amenés à y faire, quand le crabe ou une autre saleté va se décider à nous ronger pour de bon. Et en plus, pourquoi les murs sont peints en jaune « moutarde fatiguée », vert « amande millénaire » ou bleu « layette de mort-né » ? Les néons partout, c’est pour donner mauvaise mine à des gens qui ont déjà un teint de zombie sorti du métro ? Je suis ironique, certes, mais bon sang, quelle ambiance donnée par les teintes murales ! Le stress porté au top, j’avoue pour votre serviteur qui pensait alors fixement au rouge et au bleu des schémas du cœur et du circuit du sang qu’on apprend en sixième et que là, on a oublié à 100%.

Drei : rester chez soi, ensuite pour faire son convalescent en pyjama, c’est déprimant et usant. On tourne en rond. On voit des publicités à la TV qui parlent de monte-escaliers, de pompes funèbres, de croquettes pour chats et de colle à dentier. Aaargh ! Je me suis lavé avec le max de force dont je dispose, habillé, parfumé même sans sortir et je me suis jeté sur mon PC.


Ceci est donc la fin de mes chroniques en mode « maladie ».

jeudi 2 septembre 2010

Amsterdamned (part 1)



Hé bien chers amis, moi qui ne voyais des médecins que dans les congrès internationaux, et encore, habillés en civil et les yeux brillants à l’idée de récupérer une clé USB gratuite … je vous ai fait le petit problème de santé du presque quinqua, à savoir un « plus de son-plus d’image » à minuit en sortant d’un restaurant, le style Emma Bovary qui s’évanouit dans la rue, puis concours de solidité entre mon visage et le trottoir avec un résultat pour moi qui laisse penser que j’ai dit à Mike Tyson : «  parmi les boxeurs, il y a des vaches et des pédés et là, mon pote couleur chocolat, je ne vois pas de cornes ! »
Amené par des collègues attentionnés, remarquables de gentillesse comme de patience, aux urgences du CHU de la ville d’Heineken et du Musée Van Gogh, me voilà examiné, scanné, bardé d’électrodes, palpé par des néerlandais souriants, efficaces, parfaitement bilingues et impeccablement méthodiques.
Bilan en deux points : Primo, une tête de prisonnier cubain ou nord-coréen après un passage à tabac suite à un interrogatoire musclé sur les raisons de ses divergences par rapport aux saines politiques menées depuis plusieurs décennies par un régime exemplaire, quoique poursuivi dans sa quête du bonheur par d’odieux capitalistes.

Deuxio, la détection d’un souci dans le rythme de mon palpitant speedé, ce brave muscle rapide qui pompe la vie avec énervement dans mon grand corps toujours sur le qui vive. Direction le cardio, et vite mon petit !
Mince, moi qui avais décidé d’avoir 21 ans pour toujours, cela change un peu mes plans.
Je ne vous fais pas le coup de « j’ai vu la grande lumière, je suis un sage désormais », mais quand même, quand on se balade à 3  heures du matin, direction le scanner sur un lit à roulettes, avec l’arcade qui goutte et le cœur qui fait thump thump thump, on est un peu moins fier que d’habitude. Là, je suis au repos maxi pour quelques jours. Façon retraite à 62 ans. « Carpe diem «  était ma devise, et je ne vais pas mettre des sandales ou vous faire le poirier à l’envers en attendant que mon abonnement à « Méditation Monthly » arrive à terme, tout en buvant du thé. D’abord, je n’aime pas le thé.
Cependant, je vais faire bien attention à mon enveloppe et à mes tuyaux internes, de façon à pouvoir écrire encore quelques pages de mon blog. Mettre le turbo sur les bonnes choses de la vie. Rire ou faire rire, si c’est possible. Dire quelques bêtises et jeux de mots vaseux. Bon sang, c’est reparti ! Je me sens comme le héros de Kubrick, dans Orange Mécanique, après sa cure de bonne conduite, prêt à refaire le zouave.
Moi itou, mais bon, j’ai bien reçu et lu la lettre recommandée qui m’a rappelé que je suis en CDD sur terre, sur mer et sur les canaux d’Amsterdam.